Fabrication d’un volet bois : guide technique et matériaux

J’ai livré des planches de douglas et des ferrures à des menuisiers qui fabriquaient leurs volets à l’atelier. Ce sont eux qui m’ont formé aux exigences techniques d’un volet bois bien construit. Ce n’est pas seulement une planche peinte — c’est une pièce d’ouvrage qui doit résister 20 à 30 ans dehors.

Un volet bois fabriqué correctement est toujours plus durable qu’un volet industriel standard, mais il coûte plus cher en main-d’œuvre et en temps. Ce guide s’adresse aux artisans menuisiers et aux particuliers débrouillards qui veulent comprendre les choix techniques.

Choix du bois : les essences qui fonctionnent

Toutes les essences ne se valent pas pour un volet extérieur. Les critères : stabilité dimensionnelle (le bois doit bouger le moins possible avec l’humidité), résistance naturelle aux champignons et insectes, facilité d’usinage.

Douglas (Pseudotsuga menziesii)

C’est l’essence que je livre le plus pour les volets en France. Le douglas a une durabilité naturelle de classe 3 (résistant aux champignons sans traitement dans des conditions d’exposition modérée). Il se travaille bien, accepte bien les traitements de finition et vieillit de façon acceptable. Prix 2026 : 4 à 7 €/ml en 27×120 mm, ou 8 à 14 €/ml en 27×145 mm.

Mélèze

Durabilité naturelle supérieure au douglas (classe 3-4). Grain fin, aspect esthétique recherché. Disponible dans les régions alpines, moins courant en Île-de-France. Prix : 6 à 10 €/ml, surcoût de 30 à 50 % par rapport au douglas.

Chêne

Durabilité naturelle élevée (classe 2-3). Très stable dimensionnellement. Mais dense (lourd), plus difficile à usiner, et beaucoup plus cher : 12 à 22 €/ml. Réservé aux projets haut de gamme ou aux restaurations de patrimoine.

Pin sylvestre traité autoclave

Pin de base (durabilité classe 2 non traité) imprégné sous pression avec des sels de cuivre. Durabilité garantie classe 3 à 4 après traitement. Moins cher que le douglas (3 à 5 €/ml), mais l’aspect vert du traitement autoclave ne plaît pas toujours. Compatibilité avec certaines peintures à vérifier.

Structure d’un volet bois classique

Un volet bois traditionnel se compose de :

  • Les planches verticales (lames) : 27 mm d’épaisseur minimum, profil droit ou rainure-languette. Largeur : 100 à 145 mm. Le profil rainure-languette est préférable — il empêche les variations dimensionnelles de créer des jours.
  • Les traverses horizontales : 2 à 3 barres horizontales assemblées mortaise-tenon ou en about avec quincaillerie. Elles maintiennent les lames dans le plan.
  • L’écharpe en diagonale : traverse diagonale qui empêche le fléchissement du volet avec le temps (phénomène de raquettage). Absolument nécessaire pour les volets de plus de 100 cm de hauteur.
  • Les ferrures : pentures (charnieres), verrou, jet d’eau (profil profilé en bas des lames pour diriger l’eau).

Traitement du bois avant pose

Même avec une essence naturellement durable, un traitement est nécessaire pour prolonger la durée de vie :

  1. Dégrossissage et ponçage : grain 80 puis 120. Toutes les faces, y compris les chants — ce sont les zones les plus exposées à l’infiltration d’eau.
  2. Application d’un saturateur ou d’une lasure de fond : pénètre dans le bois et protège contre l’humidité. Appliquer à chaud si possible (bois chauffé au soleil). 2 couches minimum.
  3. Finition peinture ou lasure de finition : 2 couches, avec ponçage inter-couches au grain 220. La finition imperméabilise la surface et protège le traitement de fond des UV.

La règle que m’ont enseignée les menuisiers : traitez le bois avant assemblage, pas après. Les zones d’assemblage (mortaises, tenons, chants coupés) sont les plus vulnérables. Si vous assemblez avant de traiter, ces zones restent protégées.

Ferrures et quincaillerie

Un volet bois dure 30 ans si les ferrures durent aussi longtemps. Je recommande :

  • Pentures : acier galvanisé à chaud ou inox 304. L’acier peint rouille en 5 à 10 ans. L’inox 316 pour les zones côtières exposées aux embruns.
  • Barres de fermeture (espagnolettes) : laiton ou inox. Les modèles en zamak (alliage zinc) ont une durée de vie de 10 à 15 ans — insuffisant pour un volet de qualité.
  • Vis et boulons : inox ou acier galvanisé. Ne jamais mélanger acier galvanisé et inox dans la même quincaillerie (corrosion galvanique).

Coût de fabrication d’une paire de volets

Pour une fenêtre standard de 1,00 m de large (volets de 0,50 m chacun, 1,20 m de haut) en douglas :

  • Planches douglas 27×120 mm, environ 10 ml : 60 à 85 €
  • Traverses et écharpe, 4 ml en 45×70 mm : 25 à 40 €
  • Ferrures (pentures + barres + verrous) : 45 à 90 € selon la qualité
  • Traitement et finition (lasure + peinture) : 20 à 40 €
  • Coût matériaux total : 150 à 255 € par paire

La main-d’œuvre d’un menuisier artisanal : 3 à 6 heures par paire selon la complexité, soit 150 à 360 € au taux horaire habituel. Un volet bois artisanal de qualité revient donc à 300 à 600 € la paire, pose non comprise.

À retenir : la différence entre un volet qui dure 10 ans et un volet qui dure 30 ans tient à trois choix : une essence adaptée à l’exposition, un assemblage avec écharpe, et un traitement complet avant pose. Économiser sur un de ces trois points, c’est réduite de moitié la durée de vie du volet.

Entretien d’un volet bois existant

Si vous avez déjà des volets bois et cherchez à les remettre en état plutôt qu’à les remplacer, voici ce que j’observe sur les chantiers :

Un volet bois dont les lames sont fissurées mais non pourries peut être récupéré. Travaillez les fissures au mastic acrylique extérieur avant ponçage, puis appliquez une nouvelle couche de traitement de fond et de finition. Ce type de remise en état coûte 20 à 40 € par volet en matériaux et 1 à 2h de travail — bien moins cher que le remplacement complet.

Un volet dont les tenons sont pourris (assemblages traverses-montants) est généralement non récupérable. La décomposition du bois à ces jonctions fragilise la structure et aucun traitement de surface ne corrigera le problème structurel. Dans ce cas, le remplacement est la seule option saine.

La règle que m’ont apprise les menuisiers : contrôlez vos volets tous les deux à trois ans, pas tous les dix ans. Un défaut détecté tôt (une lame qui commence à se fissurer, une ferrure qui rouille) coûte 10 à 30 € à corriger. Détecté tard, c’est 300 à 600 € de remplacement.

J’ai documenté d’autres techniques de menuiserie sur bois dans Fibrecouture plaquage : techniques pro pour une pose réussie et dans mon compte-rendu de Eurobois Lyon : le salon professionnel de la filière bois, où j’ai repéré plusieurs solutions pratiques pour ce type de travail.